• Père Bastian

    Extraits de la Préface du Livre du Père Bernard Bastian :

    Comment, au début des années 1970, un adolescent de seize ans peut-il se trouver attiré par l'occultisme?

    C'est pourtant dans cette direction que je me suis tourné,alors que de graves problèmes de santé avaient rendu difficile mon entrée dans la vie adulte.Paralysé des membres inférieurs, avec très peu de chance de guérir selon les médecins, j'avais l'impression de commencer ma vie en étant devant un mur.

    Je venais de réaliser que désormais je faisais partie d'un autre monde: celui des handicapés physiques.

    Face à cela, je dois dire que mon éducation religieuse, patiemment inculquée par mes parents, le curé et les religieuses du village, ne m'a été d'aucun secours. je savais tout au plus qu'il y a un Dieu, mais je ne le connaissais pas. Si Dieu existait, il se moquait bien du drame de ma vie.

    Après plus de quinze mois d'hospitalisation, je fus admis dans un centre de rééducation. C'est dans cet établissement que j'ai rencontré le monde étrange et fascinant de l'occultisme et du spiritisme.

    Alain ( nom modifié par l'auteur ) était pensionnaire du Centre.           Son seul comportement indiquait qu'il appartenait à un autre monde.Il ne se mêlait pas aux autres, ne riait jamais, n'éprouvait pas le besoin, , de se confier. Il semblait s'auto suffire. Et il y avait surtout son regard, un regard noir et profond, hypnotique. Un abîme qui, étrangement, me fascinait, un peu comme on est attiré par le vide quand on souffre de vertige. 

    Alain était membre d'une société spirite. Ce fut le début de mon initiation au spiritisme et à l'occultisme. Nous explorions avec avidité le spiritisme, la télépathie, l'hypnose, la radiesthésie, le magnétisme, et dévorions des quantités de livres sur le sujet.

    Deux événements ont permis que je quitte cet univers.

    Le premier est la prise de conscience progressive d'une transformation ténébreuse de ma personnalité. Je devenais de plus en plus énigmatique, distant, voire méprisant, envers les autres.                       Un jour, je réalisai que mon climat intérieur avait viré à la tristesse, puis à l'angoisse et enfin à la peur omniprésente des " mauvais esprits" que j'avais convoqués. La folie, insidieusement, me menaçait. Cependant, je ne parvenais pas à prendre la décision d'arrêter.  

    C'est alors que se produisit le deuxième événement,salutaire celui-là. La Providence divine passa par un article d'un magazine. On y voyait des hommes et des femmes en prière, les bras levés au ciel. Un grand titre barrait la double page:"Ils parlent en d'autres langues!" Je crus que c'était une assemblée de médiums et décidai d'aller voir cette assemblée "charismatique", afin de recruter parmi eux un médium expérimenté qui m'aiderait à progresser dans la technique de convocation et de renvoi des esprits.

    Je fus témoin direct de la libération d'un héroïnomane par la prière des frères. Et surtout, moi qui était noué par la tristesse et l'angoisse, je goûtai à une paix et à une joie totalement inconnues. M'appelant      " petit frère " sans me connaître, ces gens me guérissaient de la peur viscérale, due à mon handicap, d'être dominé par l'autre. Je n'avais plus besoin de chercher à les manipuler pour obtenir d'eux ce que je désirais, ils me donnaient tout!

    Cette nuit-là, une simple phrase revenait sans cesse à mon esprit:         " Il y a quand même quelque chose pour moi du côté de chez Dieu" Malgré son imprécision, cette prise de conscience suffit à me faire prendre la décision salutaire d'arrêter toute pratique occulte. Une force m'habitait désormais qui me permit de ne jamais revenir en arrière.

    La Providence continua à bien s'occuper de moi, puisque quelques mois plus tard j'étais à Taizé pour l'ouverture du Concile des Jeunes. Là, au milieu de cinquante mille jeunes, je sus que je ne me trompais pas.

    Je pouvais désormais me déplacer à l'aide de cannes anglaises. cela me suffit pour décider de démarrer la difficile compétition de la première année de médecine. Mais le Seigneur avait encore tellement de choses à m'apprendre! Je rencontrai alors le groupe de prière qui devait devenir la Communauté du Puits de Jacob.

    Le choc fut rude. je découvris douloureusement que l'occultisme m'avait complètement déformé et que la démarche d'un enfant de Dieu est à l'opposé de la démarche magique.

    Si je n'ai passé que trois ans, dans les pratiques occultes, il m'en a fallu plus du double pour apprendre les mœurs d'un fils de la lumière.  Je dois rendre grâce pour le discernement avisé du Père Bertrant Lepesant, fondateur de la Communauté du Puits de Jacob. Très au fait des effets néfastes des pratiques occultes, il a été pour moi un don de la Providence.

    Je réalisai très tôt combien le soutien fraternel et priant des frères et sœurs m'étaient indispensable pour mener à bien mes études de médecine.

    Mes études de médecine à peine achevées, le Seigneur a continué de m'appeler:il avait besoin de moi non seulement comme médecin, mais comme prêtre.

    Aujourd'hui, je le confesse joyeusement, "si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente, dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi"            ( Ga 2, 20 )